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De l’emploi dans les fermes bio : une opportunité pour l’économie régionale !

Le nombre des exploitations agricoles se convertissant au bio est croissant, aussi bien en France que dans notre région. En Hauts-de-France, depuis deux ans nous connaissons une augmentation annuelle de +20% d’agriculteurs bio. C’est une bonne nouvelle pour l’emploi car on y travaille, en moyenne en France, davantage que dans celles pratiquant l’agriculture conventionnelle : 1,6 fois plus d’emplois agricoles dans les fermes bio. Des producteurs bio de la région témoignent aujourd’hui pour mettre une réalité sur ces chiffres et identifier les enjeux pour l’agriculture régionale.

« Avec quelques producteurs voisins du Cambrésis, nous avons décidé de nous lancer progressivement et collectivement en bio en 2010, pour faciliter cette période de transition » raconte Sébastien Lemoine. En partenariat avec 5 exploitations voisines de Gouzeaucourt, ils ont créé la Bioteam. La conversion progressive de ce collectif est une caractéristique : « nos 5 exploitations représentaient 185ha en bio 2016. Cette surface augmentera progressivement jusque 309ha en 2018 ».

En agriculture biologique, la main d’œuvre est un enjeu important : pour gérer l’enherbement notamment, l’agriculteur a recours à des pratiques agronomies adaptées (dates de semis, densité, rotations...), du matériel de désherbage mécanique et de la main d’œuvre pour le désherbage manuel. L’étude d’AGRESTE de l’été 2016 confirme que le nombre d’emplois supérieur dans les fermes bio est à la fois dû aux caractéristiques des fermes bio (plus de la moitié vendent une partie de leurs productions en circuits courts), et au mode de production bio 1 .

Aujourd’hui 100% bio, Sébastien Lemoine et ses voisins ont créé en 2015 le « groupement d’employeurs des saisonniers des champs » en 2015 pour mutualiser cette ressource. « Notre groupement d’employeurs a créé l’année dernière 10 000 heures de travail pour les habitants de la commune. Avec l’augmentation des légumes, nous sommes passés à près de 20 000 heures cette année, soit 89 personnes embauchées. Cela correspond à 1 emploi pour 14 ha alors que lorsque la ferme était conduite en agriculture conventionnelle, un seul emploi suffisait pour 200 ha. Nous sommes plus intensifs en emploi ».

1.http://agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/dossier35_integral.pdf

Le graphique ci-contre montre que 67% des 89 personnes embauchées étaient originaires du Cambrésis. La majorité du temps a été affecté au désherbage de légumes bio. Une partie des saisonniers pourrait être pérennisée. Un permanent a été embauché.

En élevage, la bio peut également être un moteur pour l’emploi. Sur le site de Moustiers en Fagne dans l’Avesnois et à Borre dans les Flandres, la ferme du Beau Pays fait vivre l’équivalent de 6 emplois pour assurer la production, la transformation et la commercialisation de porcs et bovins. Les circuits de distributions sont partagés entre la vente à la ferme, une AMAP et une boucherie Lilloise. Ici aussi, la production bio est intensive en emploi : l’activité crée 1 emploi pour 17 ha. « L’emploi d’apprentis, pérennisés en embauche, permet de répondre au besoin de main d’œuvre. Cela apporte de la jeunesse et crée une dynamique et une cohésion entre nous. La plupart d’entre eux ne sont pas issus du milieu agricole mais sont très motivés et fiers d’avoir un métier qui a du sens : respect des animaux, de la nature, production de qualité... Cette satisfaction leur permet de dépasser les contraintes et aléas du métier ».

Les fortes conversions observées en région vont faire apparaître un besoin croissant en main d’œuvre. Que ce soit en maraichage ou sur des systèmes légumes de plein champ, la perspective de devoir embaucher individuellement pour produire ces cultures gourmandes en main d’œuvre est un frein majeur chez de nombreux producteurs (compétences managériales, appétence pour l’encadrement, gestion administrative, formation, capacité de recrutement...). Développer des formes de mutualisation de main d’œuvre entre producteurs bio à l’échelle des territoires semble nécessaire pour d’une part rassurer les producteurs et d’autre part pérenniser et professionnaliser les emplois créés. Les groupements d’employeurs, les CUMA ou d’autres dispositifs particuliers comme le PASS INSTALLATION APTEA conçu en région par l’association AVENIR sont autant de solutions à explorer.

http://www.fermedubeaupays.com/

http://www.saisonsbio.fr/