Ghislain et Jean-François HARLET

Ghislain et Jean-François Harlet
Eleveurs bio à Dimont
(installés depuis1978, en bio depuis 2011)

Nous sommes installés depuis 1978. Nous étions 3 sur 50 ha, avec mon père. Nous avions un atelier bœufs, et les vaches laitières. Mon père n’était pas pour un passage en Bio car il a connu l’intensification, or aujourd’hui en Bio on retourne aux bases de l’agronomie tout en profitant d’un matériel moderne et performant.

C’est Jean-François qui était le plus motivé au départ puis au fil des visites Ghislain l’est devenu également.

Cela faisait pas mal de temps qu’on se questionnait…
Nous nous sommes peu à peu détourné du conventionnel, notamment à cause de la spéculation qui existait (augmentation du cours du soja et des engrais).

Le système conventionnel est fragile. D’un jour à l’autre, on peut tout perdre. Nous nous sommes rendus compte qu’en Bio, le système était plus stable, moins victime de la bourse mondiale.

Le déclic, le diagnostic, l’évolution du système

Le GABNOR a organisé des visites de ferme, des réunions d’information avec les laiteries… Etre à deux, frères et associés, nous a permis d’avancer, de se rassurer et de trouver des solutions face à nos interrogations. La force du GABNOR a été de nous montrer qu’il existe plusieurs façons d’être éleveur bio. J’avais été voir un élevage extensif en Picardie, de 100 ha mais avec une faible productivité par vache (4550 L). Cette visite m’avait refroidi. Quelques jours après, le GABNOR m’a proposé une autre visite en Wallonie dans le cadre du projet Vetabio. Nous y avons vu une structure similaire à la nôtre (700 000 L de quotas, 100 ha). J’ai également eu des adresses d’éleveurs en Wallonie. J’ai effectué 3-4 visites et suivi leurs conseils. Nous nous sommes  dit que c’était possible.

Nous avons essayé sur 15 ha en 2010, pour tester. L’objectif était de rester autonome en alimentation pour nourrir 100 vaches à 7000 L de lait par vache.

Nous avons produit plus de 12 t de matière sèche/ ha, or c’est ce que je récoltais en maïs en conventionnel. Nous avons alors engagé les 100 ha en Bio l’année suivante.

En Bio il faut être plus curieux, plus technique. Un éleveur Bio a beaucoup plus de mérite qu’un éleveur conventionnel. Chaque erreur se paye cash. On a dû faire évoluer l’assolement et procéder à pas mal de changements : on avait 20 ha de maïs, 30 ha de cultures de vente et des bœufs. Tout a disparu ou a été réorienté pour produire l’alimentation des laitières.

Concernant le suivi du troupeau, avant on achetait du soja, aujourd’hui on a plutôt besoin d‘énergie car on produit nos protéines, ce qui nous arrange avec l’augmentation de 40% du prix du soja. Je me suis inspiré du système belge : j’ai 4 silos ouverts en même temps et je distribue un peu de chaque coupe à chaque fois. Cela permet de donner à chaque ration des coupes de stade différent et donc d’avoir une ration équilibrée.

Quel ressenti aujourd’hui en tant que producteur bio ?

Le Bio doit être aussi productif que le conventionnel avec beaucoup moins d’intrants et un travail mieux valorisé. A 50 ans, nous voulons éviter de fonctionner par routine, donc c’est le challenge que nous nous sommes fixés avec mon frère. Nous avons investi sur la ferme pour produire 650 000L de lait, il faut produire notre quota pour rembourser ces investissements.

Pendant la période de conversion, l’aide de 30€ / 1000 L , proposée par UCANEL, a été un coup de pouce appréciable.

Les voisins riaient un peu de nous. Aujourd’hui nous sommes observés, ils nous posent des questions. Ghislain est dans le groupe de travail sur les marges au contrôle laitier et il tient à y rester, entouré de conventionnels. Aujourd’hui, l’efficacité de notre système fourrager les interpelle… Même en conventionnel notre système serait viable, vu l’efficacité de notre système fourrager (prairies sous couvert céréales). Continuer à côtoyer des conventionnels est une bonne chose : nous pouvons les sensibiliser mais cela nous permet également de nous conforter dans notre choix.

Ma ferme et le territoire

Il y a eu une réunion à Sars Poteries pour expliquer l’ORQUE et les règles sur le bassin versant. Nous avons tout de suite été volontaires pour faire un diagnostic, c’est toujours bon de remettre en cause ses pratiques. Nous avons réalisé un diagnostic Phyto-Nitrates avec la Chambre d’Agriculture. Notre père est mort d’un cancer à 63 ans et tous les agriculteurs de sa génération sont morts prématurément. Même si tout n’est pas dû aux produits phytosanitaires ils peuvent avoir leur part de responsabilité.

Nous pensons que les problématiques liées à l’eau ne sont pas hiérarchisées par les pouvoirs publics. Par exemple, protéger la ressource en eau, notamment par de la prévention, est plus important que de réglementer le curage des fossés.

Sur le territoire, il est préférable que la Bio se développe doucement avec des gens convaincus. Il faut que cela vienne des agriculteurs, et rester vigilant pour maintenir le prix du lait.