James Dupale

James Dupale
Eleveur bio à Beugnies
(installé en 2000, en bio depuis 2010)

Depuis que je suis en Bio, la qualité de mon lait s’est
maintenue et mes vaches sont plus productives.
Quand mes voisins apprennent le prix auquel notre lait est
payé, ils ont parfois du mal à l’accepter… Ce qui est dommage,
c’est que notre lait Bio est ramassé ici mais transformé
ailleurs. A Clermont, dans l’Oise, il y a une transformation
une fois par semaine pour faire du lait Bio Lactel. Il faudrait un peu plus de lait et tout pourrait être transformé sur place.

Je me suis installé en 2000. Je ne suis pas du milieu agricole.
J’ai d’abord été salarié agricole durant 14 ans dans une ferme
laitière de l’Avesnois.
Mon épouse travaille à l’extérieur. J’avais des vaches
allaitantes. Aujourd’hui, je suis uniquement en production
laitière.
J’ai 50 vaches laitières, 322000 L de quota et 57 ha. Tout le
parcellaire est groupé autour de la ferme. Ce parcellaire a
été un avantage pour le passage en Bio. Mon lait est vendu
à UCANEL.

Le déclic, le diagnostic, l’évolution du système
Avant de passer en Bio, j’étais en 100% herbe. J’ai repris une
ferme qui ne mettait pas d’engrais. Je traitais mes vaches
assez peu. Ce système extensif rendait mes vaches plus
résistantes. J’étais frustré de respecter un certain nombre
de choses sans en avoir une valorisation économique. J’aurais
aimé passer en Bio plus tôt mais j’avais fait ma mise aux
normes en 2004. J’avais donc trop de surface en caillebotis
par rapport au cahier des charges de l’AB. J’ai finalement pu
passer en Bio en 2009, après l’harmonisation du cahier des
charges européen.
C’est surtout en suivant les conseils de mon voisin Yannick
que je suis passé en Bio. Je pensais au début que la Bio allait
dans le mur. J’ai ensuite changé d’avis, et c’est surtout au
contact de mon voisin Yannick Przeszlo que j’ai décidé de me
lancer. La conversion a démarré au 20 mars 2010 et j’étais
certifié Bio 6 mois après, le 20 septembre 2010.
J’ai tout d’abord voulu faire mon quota à tout prix la première
année. J’ai donc intensifié un peu, acheté du tourteau mais
j’ai perdu de l’argent. En Bio, il faut accepter de ne pas faire
son quota.

Ma vie en bio
Je n’ai aucun regret d’être passé en Bio. En bio, il faut être
bon technicien. Si on est mauvais techniquement ce n’est
pas parce qu’on passera en Bio que ça marchera.
Par exemple, avant, je réalisais certains traitements de manière systématique. Aujourd’hui, cela me demande plus de surveillance sanitaire du troupeau. En élevage laitier, la génétique joue beaucoup, et j’ai décidé de changer de race (Montbéliarde).

C’est aux agriculteurs de se prendre en main et de proposer
quelque chose, pas forcément de la vente directe, car cela
demande beaucoup de temps et de main d’oeuvre.
Il faudrait se regrouper pour transformer car nous sommes
éloignés des grandes villes et des bassins de consommation.

Ma ferme et le territoire
J’ai participé a une réunion d‘information concernant
l’ORQUE de Saint Aubin – Sars Poteries. Il y avait des
agriculteurs Bio mais aussi pas mal de conventionnels.
Au début, lors de ces réunions on ne savait pas trop où
on allait. Les agriculteurs se demandaient : «Est-ce que
cela nous imposera de nouvelles contraintes ?» Certains
producteurs acceptaient de faire des efforts uniquement
s’ils percevaient des aides en retour. Je trouve honteux que
certains agriculteurs ne fassent des efforts pour protéger la
qualité de l’eau que s’ils reçoivent des aides.
J’ai réalisé un diagnostic Performance et Protection de
l’eau avec le GABNOR. Le principal souci était la surface de
caillebotis sur l’exploitation, mais le reste de mes pratiques
semblaient pertinentes pour protéger la ressource en eau.
Tous les systèmes herbagers devraient être en Bio. Ça
devrait être obligatoire, surtout sur les zones de captage.
Les agriculteurs y auraient tout intérêt en tout cas. Si les
politiques en ont vraiment envie, ils peuvent l’imposer. Nous
avons bien été obligés de faire les mises aux normes.
Nous sommes plusieurs du captage à être passés en Bio. Tant
mieux ! Mais certains agriculteurs du territoire ont encore
des pratiques très intensives. C’est une aberration, et nos
efforts sont dilués par les pratiques de nos voisins.