Pour nourrir la planète

Idée reçue #8

Nourrir la planète en bio, c’est possible !

En préambule, il est bon de rappeler que si la problématique de la faim dans le monde est liée au ratio entre la population mondiale et les volumes de produits agricoles disponibles, il apparaît encore aujourd’hui qu’un certain nombre de situations de famine ou de mal-nutrition sont aussi issues de contextes politiques et sociaux (et n’ont rien à voir avec la productivité d’un hectare de terre agricole).

Toutefois, si nous nous contentons de considérer la capacité « théorique » de l’agriculture à nourrir la population humaine, deux contributions ont relevé l’intérêt de l’agriculture biologique dans ce domaine :

– une étude de Brian Halweil, parue dans le numéro de mai-juin 2006 du magazine « L’état de la planète » (version francophone des éditions du Worldwatch Institute), téléchargeable ici ;

– un colloque de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) qui s’est tenu en mai 2007, réunissant plus de 350 participants du monde entier sur l’insécurité alimentaire, dont le compte-rendu est téléchargeable ici.

 

En quelques mots, l’étude de Brian Halweil fait ressortir les points suivants :

– une synthèse des résultats de plus de 200 études menées aux Etats-Unis et en Europe montre que les rendements de l’agriculture biologique arrivent à 80 % des rendements de l’agriculture conventionnelle. Une étude californienne, basée sur 154 saisons de croissance de diverses cultures, aboutit même pour le blé biologique à un rendement équivalent à 97 % de celui du blé conventionnel ;

– dans le reste du monde, où vit la majeure partie de l’humanité, « dans les pays les plus pauvres où se concentrent les problèmes de famine, la différence de rendement disparaît complètement ». En effet, une étude anglaise sur plus de 200 projets dans des pays en voie de développement, couvrant près de 30 millions d’hectares, montre que le rendement augmente de 93 % lors du passage à l’agriculture biologique. Selon Brian Halweil, ces résultats s’expliquent simplement par le fait que sur les sols plus « pauvres », les pratiques de l’agriculture biologique contribuent mieux à « maîtriser les effets générateurs de rendement des cycles nutritifs, les insectes bénéfiques et la synergie des cultures » ;

– deux études qui ont évalué les conséquences d’une conversion planétaire des terres agricoles à l’agriculture biologique (l’une réalisée par des scientifiques de l’Université du Michigan, l’autre par des économistes, des agronomes et des experts en développement international sous la houlette de l’Institut danois de sciences agricoles) ont des conclusions similaires : les légères pertes de rendement en Europe et en Amérique du Nord seraient très largement compensées par les gains de production dans le reste du monde.

 

 

Pour ce qui est du colloque de la FAO en mai 2007, voici quelques conclusions sur lesquelles les participants se sont accordés :

– « L’agriculture biologique peut contribuer à la sécurité alimentaire, mais sa capacité à affirmer son rôle dépend en grande partie de l’existence d’une véritable volonté politique » ;

– « L’agriculture biologique renforce la suffisance nutritionnelle, grâce à une diversification accrue des aliments biologiques, qui sont plus riches en micronutriments » ;

– « La sécurité alimentaire est étroitement liée aux politiques agricoles qui déterminent les choix en matière d’exportation et d’importation. L’agriculture biologique établit un lien entre les objectifs économiques et les objectifs environnementaux et sociaux, mais sa mise en valeur ne peut se poursuivre si les mêmes règles ne sont pas appliquées à tous, grâce à des interventions appropriées de politique générale » ;

– « La sécurité alimentaire n’est pas uniquement un sujet de préoccupation pour les pays en développement, car la crise des combustibles fossiles, les changements climatiques et d’autres faiblesses de la chaîne alimentaire sont également susceptibles de mettre en danger les zones ne souffrant pas d’insécurité ».

Consultez également la tribune de Philippe Desbrosses, parue dans le numéro 67 d’avril-mai 2008 de la Revue Nature & Progrès et intitulée « L’agriculture industrielle peut-elle nourrir le monde ? ».


Réf-10 : cf Jean Ziegler, ancien rapporteur à l’ONU
Réf-11 : « Agroécologie et droit à l’alimentation » Olivier de Shutter. Lien direct : http://tinyurl.com/5vuakln
Réf-12 : Etude de John Reganold et Jonathan Wachter, Université de Washincton publiée dans Nature Plants 2016. Lien direct :
Réf-13 : Site Agriculture et Développement Rural de la Commission Européenne. Lien direct : http://tinyurl.com/crq9lv3
Réf-14 : Rapport « Global food losses and food waste » de la FAO de mai 2011. Lien direct : http://tinyurl.com/cvnjw39