Pourquoi développer l’agriculture biologique sur mon territoire ?

L’agriculture biologique induit des « externalités positives », de nombreux effets positifs pour les territoires qui ne sont pas ou peu évalués et comptabilisés.

Si le développement de la bio est soutenu depuis de nombreuses années par les acteurs de l’eau car ses incidences sont notablement moindres sur la ressource, le développement de l’agriculture biologique est à même d’entrainer des effets positifs pour votre territoire, en termes de protection des éléments naturels (eau, biodiversité, air, climat…) mais également en termes de développement économique durable et de vitalité des territoires ruraux, de santé (des agriculteurs et des habitants), de préservation de nos paysages…

L’agriculture biologique, une solution pour préserver la ressource en eau 

En Hauts-de-France, la ressource en eau potable subit de nombreuses pressions qui ont des incidences sur sa qualité. Nos engagements nationaux et européens, et notamment la Directive Cadre sur l’Eau (2015), nous imposent d’agir pour résoudre ce problème.

Dès lors, plusieurs solutions se présentent. Il est parfois possible de la traiter pour éliminer certaines pollutions, mais cela implique la mise en œuvre de procédés complexes et coûteux. Une solution plus économe et durable, fondée sur une approche préventive, passe par le développement de l’agriculture biologique.

En effet, les principales pollutions de notre territoire sont d’origine agricole, et concernent les excès de nitrates et de résidus de produits phytosanitaires dans l’eau souterraine. L’agriculture biologique, qui ne recourt à aucun produit chimique de synthèse et adopte des pratiques dont l’incidence en termes de pollutions aux nitrates et notablement moindre, est la seule solution pérenne capable d’aboutir à une reconquête de la qualité de l’eau de nos territoires.

Pour en savoir plus :

  • Analyse du système agro-alimentaire de la région Nord-Pas de Calais et ses enjeux sur l’eau, M. Benhalima, G. Billen, UPMC/CNRS/MEDDE, 2014

  • Évaluation de l’impact sur les eaux des prescriptions du cahier des charges de l’agriculture biologique, Girardin P. et Sardet E., INRA de Colmar, 2003

  • Agriculture biologique et qualité des eaux : depuis des observations et enquêtes à des tentatives de modélisation en situation de polyculture-élevage, B enoit M. et al., 2003, INRA Mirecourt, 2003

  • Cycle de l'azote pour un scénario hypothétique d’agriculture intégrée, généralisée aux bassins de la Seine, de la Somme et de l’Escaut, par Vincent Thieu, Gilles Billen, Josette Garnier, Marc Benoît (PIREN Seine, 2009) et Nitrogen cycling in a hypothetical scenario of generalised organic agriculture in the Seine, Somme and Scheldt watersheds, par Vincent Thieu, Gilles Billen, Josette Garnier, Marc Benoît (PIREN Seine, 2010)

Quantifier et chiffrer économiquement les externalités de l’AB ?

Nous le savons, le développement de l’agriculture biologique est bénéfique pour les territoires : préservation de la ressource en eau ou de la biodiversité, vitalité des territoires ruraux, protection de la santé (des agriculteurs et consommateurs), valorisation des paysages…

Mais très concrètement, ces avantages sont-ils si clairs ? Et peuvent-ils être évalués financièrement ? C’est ce qu’ont souhaité savoir plusieurs chercheurs de l’ITAB et de l’INRA, suite à une sollicitation de Stéphane Le Foll, dans une étude publiée il y a quelques jours et intitulée « Quantifier et chiffrer économique les externalités de l’AB ? ».

En passant en revue près de 300 études scientifiques, françaises et internationales, les externalités positives de la bio ont été répertoriées, évaluées et chiffrées par hectare.

Sur la qualité de l’eau par exemple, un hectare agricole passé en bio représente une économie de 20 à 46€ par an à la collectivité, du fait des coûts évités de dépollution de l’eau (impact des nitrates réduit de 30 à 40% et zéro pesticides). Concernant la biodiversité, cela représente par exemple entre 3,5 et 48€ par hectare et par an concernant les services de pollinisation, entre 10 et 21 € de coût évités par la non utilisation d’insecticides chimiques…

Au-delà des bénéfices environnementaux bien connus, le développement de l’agriculture biologique est bénéfique en termes économique et social, des externalités dont on peut chiffrer le gain pour la société : entre 62 €/ha à 141 €/ha de coût des décès évités par cancers liés aux pesticides, entre 19 et 37 € de coût de chômage évité…

Sur ces seuls cinq indicateurs (le rapport en étudie trente-neuf), la conversion d’un hectare en agriculture biologique représenterait un gain pour la société évalué entre 114 et 293 € par hectare et par an !

Sur un grand nombre d’autres thématiques, les responsables de l’étude ont pu seulement reconnaitre l’intérêt de l’agriculture biologique (préservation de l’air et du climat, moindre recours aux antibiotiques en élevage, bien-être animal, préservation de la fertilité des sols…) sans aboutir à un chiffrage de ses bénéfices.

De nombreux travaux restent à mener pour mieux comprendre la diversité des externalités positives de l’agriculture biologique pour la société et nos territoires. Cependant, à la lumière de ces premiers résultats, la nécessité de faire évoluer la politique agricole commune vers une forme de rémunération des services environnementaux s’exprime de plus en plus fortement.

Le rapport et la synthèse de l’étude sont téléchargeables via ce lien : http://www.itab.asso.fr/actus/2016-amenites-ab.php