Viande bio : bâtir des filières pérennes et solidaires

VIande Bovine

La valorisation de la viande bovine se fait principalement par des coopératives (ventes en boucheries et restauration collective notamment) et en vente directe par la découpe et mise en caissette.
En région, les éleveurs de bovins allaitants privilégient le naissage. Peu d’entre eux font de l’engraissement, principalement à cause d’un coût d’engraissement et de finition particulièrement élevé en agriculture biologique. Ainsi, les broutards biologiques sont aujourd’hui vendus en conventionnel faute de débouchés satisfaisants en région. La valorisation de ces  broutards en bio devrait passer soit par une meilleure maîtrise des coûts de finition, soit par une finition plus attractive (plus-value). Une réflexion avec les acteurs de la filière régionale permettrait d’identifier les conditions de valorisation de ces  animaux en région.

Viande porcine

Jusqu’en 2015, les producteurs de porcs bio valorisaient l’intégralité de leur production en vente directe. La création de l’association Viandes bio d’ici (voir ci-après) a permis de diversifier les systèmes de commercialisation en proposant un débouché complémentaire à la vente directe : le demi-gros (détaillants, bouchers et magasins spécialisés). A ce jour, 3 producteurs ont engagé un atelier de production de porcs bio afin d’alimenter cette nouvelle filière régionale. La complémentarité entre vente directe et vente indirecte par des détaillants régionaux offre une diversité de débouchés aux éleveurs.

Volailles de chair

Aujourd’hui, les magasins spécialisés achètent majoritairement leurs volailles auprès d’opérateurs économiques nationaux. La pré-commande auprès de producteurs locaux est peu développée dans les magasins. Les producteurs ont donc majoritairement privilégiés jusqu’à maintenant la vente directe : vente à la ferme, sur les marchés, AMAP.... Les éleveurs en vente directe font abattre leurs volailles en prestation dans des établissements comme Pigeonord à Beuvry la Forêt ou  Peniguel à Wirwignes. De plus en plus de maraichers bio souhaitent diversifier leur activité par la production de volaille de chair à destination de la vente directe ou du demi-gros (restauration, magasins détaillants...). Plusieurs producteurs se sont regroupés début 2017 afin de planifier collectivement leur production et leur distribution en région.
La relocalisation des approvisionnements des détaillants en volailles entières PAC (bouchers, magasins spécialisés) est à envisager en complément. La plupart des opérateurs régionaux de la volaille réfléchissent aujourd’hui à la constitution d’une filière régionale. L’association Viandes bio d’ici a récemment estimé un besoin annuel de 42 tonnes de volailles soit 480 volailles / semaine. La réussite de ces initiatives passera par un engagement de la distribution dans le processus de construction de la filière.

Un outil de coopération pour relocaliser la filière viande bio : l’exemple de l’association Viandes bio

Un travail partenarial (étude, réunions de travail...) mobilisant un groupe informel de personnes et de structures motivées
sur la filière viandes biologiques en Nord-Pas de Calais-Picardie, a débouché sur la création de l’association Viandes bio en octobre 2013. Il s’agissait pour les acteurs régionaux de créer un espace de discussions et de concertation pour l’organisation de la filière de la production à la consommation.

L’association Viandes bio Nord Pas de Calais-Picardie, qui regroupe 17 acteurs, a pour objet de fédérer des acteurs de la filière viandes biologiques pour :
• Constituer un pôle de coopération économique incluant des acteurs de la production à la consommation de viande biologique issue d’animaux de préférence nés, élevés et abattus en Nord-Pas de Calais et Picardie,
• Mettre en place les moyens nécessaires à la valorisation la plus complète et équitable de la production en développant les partenariats adéquats,
• Garantir la transparence dans la formation des prix payés aux producteurs et préserver l’intérêt économique pour l’ensemble des acteurs du pôle en s’appuyant sur la contractualisation,
• Favoriser l’adéquation entre la production et les besoins du marché notamment par l’optimisation de la logistique, de l’abattage et de la transformation, l’amélioration de la qualité de la production, la recherche de débouchés et la gestion des éventuelles marques, dans le respect des identités de chacun,
• Assurer la promotion et la communication auprès des consommateurs mais aussi de l’ensemble des acteurs de la
filière viandes.

L’organisation en filière régionale permet le développement de la production par la relocalisation des approvisionnements.
Les débouchés existent en région et les distributeurs sont motivés pour substituer tout ou partie de leurs approvisionnements des acteurs nationaux par des régionaux.
Les principales actions en cours de cette jeune association sont la mise en place de la production de porcs biologiques ainsi que d’une organisation de la filière de la production à la consommation pour satisfaire les besoins en région. Les contours des coûts de la production à la distribution ont été travaillés collectivement. La sécurisation des débouchés avant la mise en production est essentielle pour l’éleveur mais aussi pour le distributeur. L’engagement des distributeurs (magasins spécialisés et artisans bouchers) pour valoriser la production régionale est déterminant. L’adéquation entre l’offre et la  demande est au cœur des discussions et passe par un point régulier collectif entre producteurs et distributeurs.

Petit historique

■ 2013 : recensement du potentiel des débouchés des distributeurs régionaux (30 porcs biologiques par semaine).
Mise en place du premier engraisseur en région.
■ 2014 : Mise en place de nouveaux éleveurs pour augmenter la capacité de production. Fin 2014, l’abattage des premiers porcs biologiques issus de la filière régionale a été réalisé à l’abattoir de Fruges.
■ 2015 : 340 porcs ont été commercialisés en 2015
■ 2016 : la production disponible permet de produire 25 porcs biologiques par semaine. Plus de 400 porcs commercialises sur les 5 premiers mois de l’année. L’association cherche à développer les points de ventes de viande biologique régionale pour la rendre accessible au plus grand nombre.

Cet exemple illustre les innovations organisationnelles que les acteurs de la bio ont toujours recherché, afin notamment de créer de la valeur et en garantir la juste répartition. Nous aurons à cœur de faire (re)connaître ces bonnes pratiques dans le cadre des États Généraux de l’Alimentation qui s’ouvrent sur cette thématique de partage de la valeur.

Transparence entre les acteurs, interconnaissance, relocalisation des approvisionnements, concertation : les enjeux pour bâtir une filière viande bio pérenne et solidaire sont nombreux...

La dérégulation du système agroalimentaire a conduit à la crise agricole que l’on connaît aujourd’hui. Tout l’enjeu sera, dans un contexte de changement d’échelle de la bio (croissance du marché et de la production, entrée de nouveaux acteurs...) de maintenir une coopération entre les acteurs amont / aval afin de garantir une rémunération équitable de l’ensemble des  facteurs de production, permettre une relocalisation des approvisionnements et réguler collectivement les volumes produits  et commercialisés. La participation active des distributeurs à la concertation sera déterminante pour maintenir intacte cette  ambition.