Yannick Przeszlo

Yannick Przeszlo
Eleveur bio à Beugnies
(installé depuis 1998,
en bio depuis 2002)

Quel ressenti aujourd’hui en tant qu’agriculteur bio ?
10 ans après je suis bien content de l’avoir fait. Je suis content d’avoir vu mes voisins se convertir, d’avoir réussi à les sensibiliser, mais également content pour ma femme et mes enfants. Ma femme travaille à l’extérieur. On s’en sort sans aides sociales.
Ça marche économiquement, on tire un revenu. Je connais des grosses fermes qui ont énormément investi dans leur outil mais qui sont au RSA.

Je suis satisfait d’exploiter 40 ha sans profiter de grosses aides.  On réussit à partir en vacances, même si c’est mal vu par la famille.
J’ai bâti un système simple (mais compliqué techniquement) qui me permet d’avoir beaucoup de temps libre, de profiter de ma famille. Quand je fais du vélo l’après midi avec mes enfants, ce n’est pas évident à faire comprendre aux voisins.

Ma ferme et le territoire
La qualité de l’eau ça me parle. Je me dis que tant qu’on ne met pas de molécules dans les champs on n’en retrouve pas dans l’eau. J’ai une responsabilité vis-à-vis de la qualité de l’eau et du sol. D’ailleurs, dans mon bail, mon propriétaire précise que je dois exploiter les terres « en bon père de famille ». Cela a un sens fort pour moi : dès que je fais une intervention sur ma ferme, je dois l’exploiter « en bon père de famille ».Le consommateur pense que s’il est mis sur le marché, le lait conventionnel est un lait de qualité alors, pourquoi payer plus cher en Bio ? Le prix du lait conventionnel devrait être au même prix que le lait Bio, mais je devrais être en plus rémunéré pour  mon action de préservation de l’environnement, pour les services environnementaux que je rends à la collectivité.
Il faudrait retirer les aides que perçoivent les fermes intensives car cela vient des impôts du consommateur. Les impôts des contribuables devraient financer des systèmes en Bio. C’est de la distorsion de concurrence : moins tu es intensif, moins tu as d’aides et en plus tu dois te justifier auprès du consommateur : lui expliquer que le Bio est plus cher car tu as perçu moins d’aides.

J’ai repris une exploitation extensive en système herbager à un « étranger » qui possédait beaucoup de vaches avec une faible production de lait. J’ai dû tout acheter car il n’était pas de la famille.
En sortant de l’école et suite à mon service militaire je me suis installé. Les financeurs n’étaient pas partant pour me suivre à cause d’une surface qu’ils jugeaient trop petite et d‘une exploitation qu’ils pensaient non viable.

J’ai voulu mettre en pratique ce que j’avais appris à l’école : moins de vaches mais plus de lait. J’ai optimisé le pâturage et commencé à acheter des aliments à l’extérieur. Les résultats escomptés n’étaient pas au rendez-vous, ça ne marchait pas.

Le déclic, le diagnostic, l’évolution du système
J’ai commencé à perdre confiance en moi. Au bout d’un an, je n’écoutais plus que le technicien. Ils sont très doués pour créer des liens d’amitié. Je rencontrais au minimum un technicien par semaine, ce qui représentait plus de 50 occasions d’acheter quelque chose. J’étais de plus en plus à la merci des techniciens à force d’intensifier mon système.
D’un autre côté cela me permettait de garder un lien avec l’extérieur, on voit des gens, on discute.
A un moment je me suis demandé ce que je voulais faire : faire plaisir à ma famille ou à mon technicien. Je me suis dit pourquoi pas passer en Bio. J’ai tout d’abord arrêté d’acheter mes aliments à l’extérieur, arrêté l’achat de pulpe sèche, arrêté les engrais minéraux. J’avais un peu d’appréhension mais au final les résultats ne se sont pas détériorés.
Je me suis donc lancé en Bio deux ans après le diagnostic, principalement pour rechercher une autonomie. Une fois en agriculture biologique, en optimisant le pâturage, j’ai réussi
à montrer à la banque la viabilité du système. J’ai donc été autorisé à investir et à me moderniser.